Les tourbières

Site unique au niveau régional, Langazel est la plus ancienne tourbière de Bretagne.

Le processus de formation de la tourbe a débuté il y a de ça 11 700 ans et depuis, petit à petit, la végétation a colonisé les étendues d’eau originelles. La tourbe est un sol végétal constitué de débris de plantes qui, à cause du manque d’oxygène, ne peuvent se décomposer.

Déjà exploitée durant la Guerre 1914 – 1918, la tourbe, une fois séchée, offrait aux propriétaires et riverains un combustible d’excellente qualité, qui servait à chauffer les habitations notamment lorsque le charbon et le bois faisaient défaut. Lors du dernier conflit, la tourbière de Langazel, desservie par l’ancienne voie ferrée à voie étroite reliant Landerneau à Brignogan par Lesneven, offrait donc de grandes possibilités de distributions.

C’est après décapage de la surface du terrain que la découpe se faisait avec un outil approprié jusqu’à une profondeur pouvant atteindre 1m50. La tourbe était alors extraite à l’aide d’une bêche de dimension réduite. Les plaquettes retirées mesuraient de 15 à 20 cm de long sur 8 à 10 cm de large; par deux ou trois, elles étaient alors mises à sécher. Leur transport vers les wagonnets se faisait sur des civières, et ce rôle incombait en général à la main d’œuvre féminine très nombreuse. Celle-ci, comme les extracteurs, travaillaient à la tâche.

La nombreuse main-d’œuvre était originaire des communes voisines, surtout de Lesneven, mais on y trouvait aussi des réfugiés de Brest et de Kerhuon. Des jeunes gens trouvèrent là des complicités bienveillantes pour éviter le S.T.O (Service du Travail Obligatoire) qui les aurait dirigés irrévocablement sur l’Allemagne.

Il nous est impossible aujourd’hui de chiffrer la quantité de tourbe ainsi extraite, mais elle pouvait s’élever journellement à plusieurs centaines de tonnes.

Certes, l’aspect des lieux aujourd’hui a changé, mais le paysage a conservé les traces de cette exploitation. Aujourd’hui encore, en se promenant sur le site, on devine les anciennes fosses d’extraction de tourbe.

La tourbière conserve, cachées dans son sol (tourbe), les archives naturelles des paysages anciens et de la présence humaine.

Au sein de la tourbe de Langazel, les pollens conservés à différentes profondeurs sont déterminés sous un microscope optique (ou parfois électronique). Cette méthode permet l’identification des plantes de la tourbière et des alentours tout au long du développement du marais. La datation par le radiocarbone nous renseigne sur l’âge des différents paysages. Ainsi, une étude pollinique (par D. MARGUERIE et N. MARCOUX du CNRS en 1998-1999) réalisée à partir de carottages ayant atteint 1,65 m dans la tourbe de Langazel a permis de dater la naissance de la tourbière et de suivre son évolution sur plus de 10 000 ans. Langazel est, à ce jour, la plus ancienne tourbière connue en péninsule bretonne !

 

 

Pollens de : saule, armoise, astéracéé, aulne, noisetier, pin (au microscope électronique à baleyage : MEB).

 

Il y a 10 000 ans…

C’est la fin de l’ère glaciaire et du paléolithique. Les hommes vivent de cueillette et de chasse. A Langazel, le climat froid a façonné un paysage de toundra, où dominent herbes rases et marais. Dans le sol de Langazel, la présence d’une couche limono-argileuse empêche l’infiltration de l’eau. Le marais de Langazel n’est pas homogène, il existe plusieurs cuvettes plus ou moins profondes. La tourbière s’installe avec les premiers dépôts organiques.

Il y a 6 000 ans…

Débute le néolithique. A cette époque, nos ancêtres érigent menhirs et tumulus, et inventent les haches polies sont inventées. Le climat se réchauffe : à Langazel, les arbres progressent de manière spectaculaire naturellement. La forêt humide d’aulnes domine, ailleurs c’est la chênaie. De plus, la végétation envahit les étangs petit à petit.

Il y a 1 000 ans…

Nous sommes au Moyen Âge, l’homme a déboisé et cultive les céréales. Notre paysage se transforme, avec la culture du sarrasin et des céréales. La lande s’étend, semble-t-il suite à l’appauvrissement des sols. Au sein de la tourbe, comme le milieu est privé d’air, les microorganismes qui y vivent, ne peuvent dégrader le matériel végétal mort. Celui-ci s’accumule de plus en plus et la profondeur de la tourbière ainsi formée augmente.

De 1 800 à 1 950…

Le bocage breton se met en place, l’homme plante des haies et entretient les talus. A Langazel, les prairies irriguées fournissent le fourrage nécessaire à l’élevage, et la tourbe accumulée sert de combustible (plusieurs terrains furent pour cette raison réquisitionnés pendant les deux guerres).